Faire confiance à son ressenti instinctif – Partie 1

Vous est-il déjà arrivé d’avoir un ressenti instinctif à propos de quelqu’un ou de quelque chose, puis de regretter de l’avoir ignoré ? Celui-ci s’est peut-être accompagné d’une sensation physique : tension, agitation, nœud à l’estomac, sensation d’oppression ou aversion — votre corps vous signalait que quelque chose clochait, mais vous n’en avez pas tenu compte.

Je me souviens de quelques épisodes de ce genre : une fois, lorsque j’ai tendu ma carte de crédit à un promoteur qui vantait les mérites d’un séjour au Mexique ; une autre, lorsqu’une nouvelle connaissance m’a demandé si elle pouvait m’emprunter de l’argent ; et une troisième, quand un ami m’a fait part de certains symptômes qu’il ressentait et a été diagnostiqué plus tard d’un cancer. Dans chaque cas, mon ressenti instinctif avait vu juste — il signalait un risque, une menace ou un danger — et pourtant, un mécanisme en moi a choisi de passer outre.

Je peux aujourd’hui nommer le mécanisme à l’œuvre dans chacun de ces cas : 1) une tendance à vouloir apaiser les autres ; 2) un désir d’être « gentil » ; 3) faire comme si tout allait bien alors que ce n’est pas le cas. Chacun de ces réflexes est une stratégie d’adaptation que j’ai développée dans l’enfance pour m’ajuster à mon environnement et préserver le lien, ainsi que l’approbation de ma famille, de mes enseignants et de mes pairs. Ces schémas mentaux m’ont dissuadé d’écouter mon ressenti instinctif, et ils peuvent encore se manifester aujourd’hui. Peut-être pouvez-vous reconnaître chez vous ces mêmes stratégies d’adaptation — ou d’autres — qui vous coupent de votre ressenti instinctif.

Nous éprouvons aussi des ressentis instinctifs positifs, qui se manifestent par de l’enthousiasme, de la chaleur, de l’ouverture, de la joie, de l’aisance ou un sentiment d’expansion. Ils nous indiquent que quelque chose de remarquable est en train de se produire — peut-être lors d’une première rencontre avec une personne appelée à devenir importante dans votre vie, lorsque vous reconnaissez que vous êtes invité à voyager vers une destination précise ou à suivre une formation particulière, ou encore quand, en entrant dans un bâtiment ou un espace naturel, vous ressentez que le sacré y est présent.

J’ai vécu cela lorsque j’ai « senti » que ma fille était enceinte avant même qu’elle ne le sache elle-même. Quand je lui ai posé la question, elle m’a répondu que non. Une semaine plus tard, un test de grossesse a confirmé qu’elle l’était.

Avec ces ressentis instinctifs agréables, le corps est attiré vers quelque chose avec une vigilance sereine et une légèreté intérieure. La curiosité s’ouvre, l’attention s’aiguise, la présence s’élargit, et vous frémissez de joie.

Les ressentis instinctifs peuvent nous aider à reconnaître quand quelque chose est juste et aligné, et quand ce ne l’est pas. Avec le temps, la conscience, la répétition et la familiarité, nous pouvons apprendre à écouter les signaux du corps, à les décoder, et à leur faire confiance.

Que sont les ressentis instinctifs ?

Les ressentis instinctifs sont une réponse interne à la réalité extérieure, conçue pour nous protéger des menaces ou des dangers et pour nous permettre de reconnaître quand nous sommes en sécurité. Ils participent à notre survie et font partie intégrante de notre intelligence incarnée. Ce sont des perceptions corporelles rapides qui émanent du ventre, du cœur, des viscères et du corps tout entier, sans raisonnement conscient, mais nourries par des processus physiologiques et neurologiques profonds.

Lorsque nous prêtons attention à nos ressentis instinctifs et à nos autres sensations, notre corps, notre système nerveux et notre cerveau collaborent pour nous signaler la sécurité, le danger, l’opportunité, la connexion, l’excitation, ou simplement ce qui est vrai et juste pour nous. Tout cela se produit bien avant que l’esprit rationnel n’intervienne pour analyser, compenser, contester, ou tenter de nous convaincre de faire (ou de ne pas faire) quelque chose.

Ces ressentis instinctifs prennent naissance sous forme de sensations physiques, principalement dans le ventre, siège du système nerveux entérique — également appelé le « deuxième cerveau ». Ce système est constitué d’un réseau de plus de 500 millions de neurones, logés dans la paroi du tube digestif, capables de fonctionner indépendamment du cerveau et de la moelle épinière.

Le cœur possède lui aussi son « petit cerveau », composé de 14 000 à 40 000 neurones. (À titre de comparaison, le cerveau humain compte 86 milliards de neurones, tandis que la moelle épinière en contient 69 millions.)

Le système nerveux entérique régule la digestion, le péristaltisme, la sécrétion d’enzymes et de mucus, ainsi que l’absorption et l’excrétion. Il est relié au cerveau par une voie de communication bidirectionnelle, appelée axe intestin–cerveau, dont la principale voie de transmission est le nerf vague.

Le nerf vague relaie les informations provenant des organes internes vers le tronc cérébral et vers d’autres régions du cerveau impliquées dans le ressenti, l’expression et l’interprétation des émotions, notamment l’amygdale, l’hippocampe, l’insula, le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal.

Ainsi, l’axe intestin–cerveau relie les zones émotionnelles et cognitives du cerveau au système digestif par un système de communication bi-directionel.

« Votre ventre vous parle en permanence : ses récepteurs réagissent aux sensations de tension, de satiété, de pression, de relâchement, de contraction et d’inflammation, ainsi qu’aux hormones et à la composition des bactéries intestinales et de leurs métabolites. Ces informations sont transmises au cerveau par le nerf vague, influençant ainsi nos émotions, notre humeur, notre clarté mentale et nos prises de décision.

Un déséquilibre du microbiote intestinal peut également contribuer à l’affaiblissement du système immunitaire, aux maladies cardiaques, au diabète, aux troubles digestifs, aux allergies, à l’arthrite, à des symptômes neurologiques, au cancer et à diverses formes d’inflammation. De nombreuses pathologies — comme les troubles du spectre de l’autisme, la schizophrénie, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, le trouble dépressif majeur, l’obésité, le diabète de type 2 et le cancer colorectal — présentent une « signature » microbiotique caractéristique, marquée par l’augmentation de certains micro-organismes et la diminution d’autres. »

Une grande diversité de micro-organismes dans l’intestin est le gage d’une communauté microbienne optimale et d’un bon état de santé général : plus ils sont nombreux et variés, mieux c’est. Les bactéries intestinales font fermenter les fibres pour produire des acides gras à chaîne courte (AGCC), notamment le butyrate, qui servent de source d’énergie aux cellules du côlon. Ces AGCC renforcent la barrière intestinale, empêchant ainsi les toxines de s’infiltrer à travers la paroi.

Ils régulent également le système immunitaire pour réduire l’inflammation, améliorent notre réponse au stress — renforçant ainsi notre résilience — et stimulent la plasticité cérébrale ainsi que la myélinisation, afin de boosterl’apprentissage et les fonctions cognitives. Les micro-organismes intestinaux participent au développement, à l’optimisation et à la régulation des systèmes immunitaire, hormonal (endocrinien) et nerveux, tout en jouant un rôle clé dans le contrôle de l’inflammation.

Étonnamment, le cerveau et nos états mentaux peuvent modifier l’environnement intestinal et la composition des micro-organismes, tout comme, en retour, le microbiote intestinal peut influencer l’humeur et les émotions. Les traumatismes, le stress persistant et la solitude peuvent altérer la flore intestinale, entraînant une augmentation de micro-organismes susceptibles de déclencher l’inflammation. Le stress chronique peut également fragiliser la barrière intestinale et provoquer une porosité (« leaky gut »). Cela permet aux toxines produites dans l’intestin de passer dans la circulation sanguine et, à terme, d’atteindre le cerveau, dont elles viennent perturber l’équilibre. »

Dans une certaine mesure, notre humeur est programmée par l’orchestre microscopique d’organismes qui peuplent notre intestin. Nous hébergeons à peu près autant de bactéries dans l’intestin que nous n’avons de cellules dans le corps — soit près de 38 000 milliards. Au sein de cette immense population, on dénombre environ 500 à 1 000 espèces différentes de bactéries, principalement selon notre âge et notre alimentation.

Que nous en ayons conscience ou non, nous sommes les chefs d’orchestre involontaires de notre propre symphonie biologique. La partition qu’ils jouent est influencée positivement par : 1) une naissance par voie vaginale ; 2) le fait d’avoir été allaité ; 3) une alimentation variée, majoritairement végétale et riche en fibres (40 g par jour) ; 4) la consommation d’aliments fermentés ; 5) une hydratation suffisante (3 litres par jour) ; 6) un sommeil suffisant (7 à 8 heures) ; 7) des interactions sociales positives régulières ; 8) une activité physique quotidienne (40 minutes).

Elle est influencée négativement par une naissance par césarienne, l’absence d’allaitement, une alimentation riche en sucres et en graisses de mauvaise qualité, la consommation de viande transformée ou d’excès de viande rouge, l’alcool, le tabac, l’usage excessif d’antibiotiques, le stress chronique, la sédentarité, les traumatismes, le vieillissement, la solitude et un sommeil de mauvaise qualité.

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