Se souvenir à nouveau : réflexion personnelle sur l’épigénétique et ce qui est inscrit en nous

Aujourd’hui, je vois la guérison non pas comme quelque chose à gagner, mais comme quelque chose à retrouver.

Il y a peu encore, je croyais que se transformer consistait à travailler dur, à adopter de nouvelles habitudes, à accumuler des outils pour devenir “mieux”. Aujourd’hui, je comprends autre chose : toutes mes versions — anciennes et primordiales, futures et divines — vivent déjà en moi. Elles étaient là dès le premier souffle, inscrites dans le murmure secret de mes cellules, attendant non d’être fabriquées, mais d’être rappelées à moi.

Dans chaque cellule, je porte encore l’empreinte de l’œuf fécondé initial. Une rencontre presque inimaginable : deux brins qui s’entrelacent, et avec eux un héritage venu de milliers d’années. Là, déjà, se trouvait la trame entière de ce que je pourrais devenir. Mes mains, mon cerveau, mes jambes — tout remonte à cette origine. Et avant d’être peau, neurones ou muscles, j’ai d’abord été cela : du potentiel, sans forme, de la possibilité à l’état pur.

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Les cellules souches, c’est du potentiel pur. Rien n’est décidé, rien n’est fixé : elles ne sont encore “assignées” à aucune forme. Cœur, foie, bout de doigt… tout reste possible. Et ça ne dépend pas seulement de l’ADN, mais de ce qui les entoure : signaux chimiques, impulsions électriques, influences de l’environnement, tout cela indique une direction – et le code génétique y répond.

C’est là le mystère de l’épigénétique. Notre ADN n’est pas un scénario rigide. C’est une archive vivante, réactive, plus proche d’une symphonie que d’un tableau de chiffres. Et comme dans toute symphonie, la musique jouée dépend non seulement des notes écrites, mais aussi du chef d’orchestre, du tempo et de l’émotion dans la salle.

Les gènes qui s’expriment le font en réponse à des signaux. Autrement dit, le potentiel brut de nos cellules est constamment façonné par nos expériences vécues. Stress, nutrition, contact, traumatismes, sécurité, présence : tout cela transmet une onde dans le corps, qui active ou réduit au silence certaines portions du génome. Ce n’est pas une métaphore. C’est de la biologie.

Ainsi, lorsque je suis avec des clients et que nous parlons des schémas que nous héritons à la naissance, je ne pense pas uniquement aux systèmes familiaux ou aux blessures d’attachement, mais aussi à une vérité biochimique :  l’expérience laisse une trace dans le comportement même de nos cellules. Le corps ne fait pas que “se souvenir” des traumatismes : il les manifeste. Et il peut tout autant manifester la guérison, si le signal qui lui parvient est le bon.

C’est là que cela prend une dimension spirituelle pour moi.

Quand j’ai compris que chaque cellule de mon corps possède le potentiel de devenir n’importe quelle part de moi, j’ai réalisé que la séparation est une illusion.

Chaque cellule contient, en miniature, le tout.

Comme dans un hologramme — où un fragment, à lui seul, contient l’image entière — chaque cellule porte la totalité de moi. Elle ne l’expose pas entièrement, mais elle la contient. Elle n’en exprime qu’une part, mais le tout demeure intact, imprimé en arrière-plan. C’est ce que je veux dire quand je dis que la guérison revient à se souvenir à nouveau. Nous n’inventons rien de nouveau : nous nous éveillons à quelque chose d’ancien. La sagesse de la totalité est déjà là.

Il en va de même avec un fractal.

Un fractal est un motif qui se répète à toutes les échelles, à l’infini. Qu’on zoome ou qu’on dézoome, la même forme réapparaît encore et encore. Nous sommes des êtres fractals, des microcosmes du macrocosme. Les motifs de notre psyché reflètent les motifs de la nature. Le cosmos dessine des spirales jusque dans nos empreintes digitales.

Quand nous travaillons avec des traumatismes, nous n’essayons pas de forcer le changement. Nous ne plaquons pas de nouveaux comportements sur un organisme qui n’y est pas prêt. Nous faisons simplement évoluer les signaux. Nous apportons de nouvelles informations. Un signal de sécurité. Un signal d’amour. Un signal qui dit : tu peux t’adoucir maintenant. Tu peux te déployer. Tu peux être vu en sécurité, maintenant.

C’est pourquoi le système nerveux est si central dans le travail que je fais. Car si le corps croit qu’il est en danger, aucun niveau de compréhension ne “déverrouillera” les gènes de la connexion, de la joie ou du plaisir. Ce sont les signaux qui dictent ce que nous exprimons. Et ces signaux — chimiques, émotionnels, énergétiques — répondent profondément à la présence.

C’est la clé — la clé sacrée.

La présence est le signal qui réveille le potentiel. Elle est le chef d’orchestre qui tire du code une musique nouvelle. Elle peut venir d’un thérapeute, d’un amoureux, d’un espace sûr, d’une respiration ou d’une prière. Peu importe où cela commence. Ce qui compte, c’est que le signal change. Et quand il change, le corps suit. L’ADN écoute. Les anciens codes, jadis réduits au silence par les traumatismes, se remettent à chanter. C’est le pouvoir que nous portons tous en nous.

Parfois, je me surprends à croire mon histoire, mon passé : ma douleur me limite. Puis je me rappelle ceci : toute limite est un conditionnement. Ce n’est pas mon identité — c’est une forme d’expression que j’ai adoptée pour survivre, pour m’ajuster.

Je n’ai rien à apprendre pour être entier : j’ai seulement à m’en rappeler.

Il y a des jours où cette vérité arrive avec délicatesse, comme une main douce dans mon dos. Et il y a des jours où elle frappe comme le tonnerre, et fait voler en éclats tout ce que je croyais déjà “réglé”. L’un comme l’autre sont tenus avec compassion.

Alors, chaque jour, je me pose ces questions :

Quels signaux est-ce que j’envoie ?

Quels messages est-ce que j’offre à mon corps, à mes cellules, à mon âme ?

Est-ce que je me dis : je suis trop ? pas assez ? brisé ? indigne ?

Ou est-ce que je chuchote aux eaux profondes en moi : je me rappelle de toi. Je t’honore. Tu es en sécurité pour rentrer, maintenant.

Voilà, pour moi, l’invitation sacrée d’une guérison épigénétique. Ce n’est pas qu’une affaire de biologie. C’est une affaire de souveraineté : reprendre la plume, redevenir l’auteur des signaux qui guident notre vie.

Dans un monde qui m’a appris l’adaptation à la peur, j’apprends la résonance avec l’amour.

Et mon corps — sage, ancien, miraculeux — sait exactement comment répondre à ce signal.

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