Médecin généraliste avec de l’expérience dans le travail autour des addictions et dans l’accompagnement de personnes sans domicile fixe, Aisling est aussi praticienne Compassionate Inquiry® et coach de vie / coach santé. Elle accompagne les personnes à dépasser la simple “gestion des symptômes” pour aller vers la plénitude. Rati est praticienne, facilitatrice et mentore Compassionate Inquiry®, ainsi que praticienne en préparation et intégration de thérapies assistées par psychédéliques. Elle utilise une variété de modalités pour aider les personnes à trouver leur guérisseur/enseignant intérieur.
Ce post est un court extrait, édité, des perspectives de Rati et d’Aisling sur les liens entre les traumatismes de l’enfance et les symptômes de la ménopause. Écoutez leur interview sur le podcast The Gifts of Trauma.

Rati Roberta Riccardi : le prisme de l’exploratrice de la conscience en expansion
Y a-t-il des liens entre les traumatismes de l’enfance et les symptômes de la ménopause ?
Est-ce que le fait de ne pas m’être sentie en sécurité, ni vraiment harmonisée avec les adultes autour de moi, dans un cadre apaisant, a pu rendre mes symptômes plus forts ?
Je vais répondre en partageant ce que j’ai appris grâce à Compassionate Inquiry®.
Tu sais, je me disais que je devrais aller mieux — être plus “entière” — après tout, mon père ne m’avait frappée qu’une fois, et je n’avais pas subi d’abus sexuels. Pourtant, à un an, ma mère a repris le travail et l’on m’a remise à une nounou. Je n’avais jamais mesuré la violence silencieuse de cette rupture, jusqu’au jour où j’ai commencé à étudier les traumatismes et Compassionate Inquiry®.
Imagine : après neuf mois dans son ventre et une année entière à ses côtés, du jour au lendemain, ma mère n’était plus là. C’est là que j’ai compris à quel point mon traumatisme d’abandon était profond.
Cette insécurité a continué de se rejouer, encore et encore, dans ma vie. Je suis restée seule pendant longtemps, j’ai élevé mon fils sans soutien. Au travail, certains choix m’ont mise dans une situation très instable. Et la nuit, impossible de dormir : je passais mon temps à anticiper, à organiser mentalement tout ce que je devais faire le lendemain.
Tant que mon niveau hormonal était stable, je survivais. Mais quand il a commencé à baisser, l’anxiété, l’angoisse et la peur ont envahi mon corps. Et c’est précisément ce basculement qui m’a aidée à faire le lien : entre mon histoire, et tout ce que la ménopause réactive aujourd’hui en termes de stress et d’anxiété.
Donc oui : je relie le manque de sécurité, le manque d’harmonisation émotionnelle avec ma mère — qui est retournée travailler (parce qu’elle n’avait pas le choix) — à l’intensité de mes symptômes de la ménopause. Tout a commencé avec mes traumatismes d’enfance.
Dre Aisling Quiery : le prisme d’une guérisseuse connectée à l’authenticité
La première fois que j’ai entendu parler des ACEs (Adverse Childhood Experiences, ou Expériences Négatives de l’Enfance), ça m’a frappée de plein fouet. Les dix questions ramènent, inlassablement, à l’abus, à la négligence, au stress toxique, et à la manière dont tout cela s’inscrit dans le corps au fil des années : pas seulement au niveau de la santé mentale, mais aussi au niveau de nombreuses pathologies chroniques.
Alors, si les ACEs accroissent, tout au long de la vie, le risque d’affections chroniques, il est inévitable qu’elles laissent aussi leur empreinte au moment de la ménopause.
La progestérone et les œstrogènes jouent un rôle majeur dans tout l’organisme. Et on sait que, globalement, le stress a tendance à faire baisser — ou à “mettre en sourdine” — ces hormones. Ainsi, pendant la ménopause, nous pouvons soit augmenter nos taux d’œstrogènes et de progestérone grâce au traitement hormonal substitutif (THS), soit réduire notre stress pour favoriser l’augmentation naturelle de nos niveaux d’œstrogènes et de progestérone. Cette évidence, toute simple, a profondément transformé ma pratique de la médecine.
Des femmes viennent me parler de la ménopause et de ses symptômes : des saignements plus abondants, des bouffées de chaleur, une sécheresse vaginale, ce “brouillard” dans la tête, des douleurs diffuses, des variations d’humeur. Elles se découvrent plus à vif, plus irritables, promptes à s’emporter avec leur entourage. Et elles décrivent aussi, très souvent, un fond de fatigue, de baisse de moral, et des nuits trop courtes.
En général, elles veulent explorer l’option du traitement hormonal substitutif (THS), que je suis tout à fait disposée à prescrire si je pense que cela peut aider. Je le leur dis, puis je demande : « Est-ce que vous pouvez m’en dire un peu plus sur votre vie et sur ce qui se passe en ce moment ? »
Bien souvent, à cet âge, les femmes portent une charge de stress considérable : elles s’occupent d’enfants ou de petits-enfants, veillent sur des parents qui vieillissent, et se retrouvent prises entre deux, parfois trois générations qui réclament présence et attention. Et, en parallèle, beaucoup ont une vie professionnelle avec de lourdes responsabilités.
Alors je pose cette question de Compassionate Inquiry® que je trouve très belle : « À quoi est-ce que vous ne dites pas non ? »
Et ensuite, je leur renvoie leur propres mots, comme un miroir : « Si je résume, vous avez énormément de responsabilités, vous travaillez beaucoup, et vous en faites encore, encore, encore. Quand vous vous entendez dire ça, qu’est-ce que ça vous fait ? »
Le simple fait de l’entendre reformulé peut avoir un effet très fort, surtout quand la personne s’est habituée à sa charge au point de la trouver “normale”. « Waouh… c’est énorme », dit-elle parfois. Je lui réponds : « Oui, c’est énorme. Et pour vous, dire non, c’est facile ? » Presque toujours, elle me dit : « C’est extrêmement difficile. »
C’est souvent là qu’on arrive à des traumatismes d’enfance plus subtils. Quand elles parlent de leurs croyances et que je leur demande ce que ça leur fait de dire non, beaucoup répondent : « Il n’y a personne d’autre. Je suis seule. Si je ne le fais pas, personne ne le fera. Mes besoins passent après. Je dois tout gérer. Je ne peux pas prendre du temps pour moi. Je dois répondre présent pour tout le monde. »
Les femmes portent d’énormes charges émotionnelles, et elles ne sont pas capables de dire non. Elles renoncent à des “oui” pour elles-mêmes, occupées à répondre aux besoins des autres.
Très souvent, la conversation se déroule comme ça…
Elles : « Bon, je suis prête à tenter le THS. Essayons. » Moi : « D’accord, je peux vous le prescrire. Et si on prenait aussi le temps de regarder ces autres éléments ? »
Certaines femmes reviennent et me disent que le THS a fait une énorme différence, mais pour beaucoup ce n’est pas le cas. Alors, plutôt que de chercher systématiquement à augmenter les doses, je les invite à tourner le regard vers d’autres zones de leur vie : là où un “non” devient possible, là où la charge émotionnelle peut s’alléger, et la manière dont elles pourraient se rendre un peu plus d’espace — en elles et autour d’elles.
Je les invite aussi à porter attention à leur alimentation, et à la manière dont elles prennent soin de leur corps — au quotidien.
Je suis toujours surprise de voir à quel point les femmes normalisent leurs propres expériences. Certaines disent : « Non, je ne suis pas stressée. » Puis, quand je leur demande de me parler de leur vie, elles me décrivent des journées de 12 à 14 heures, des enfants à garder, parfois plusieurs activités ou entreprises à faire tourner, des parents âgés à accompagner… La liste est sans fin.
Je réfléchissais récemment à ma propre vie, relativement peu stressante. Et je me suis dit que si je devais gérer tous les stress auxquels beaucoup de femmes font face, mes symptômes de périménopause seraient probablement bien plus intenses, et bien plus difficiles à vivre.
Je pense que la ménopause et l’entrée dans l’âge mûr devraient être des moments pour ralentir, ne pas travailler autant, et explorer notre élan de vie post-ménopause.
Margaret Mead a inventé cette expression dans les années 1950, en disant : « Il n’y a pas de plus grand pouvoir dans le monde que l’élan de vie d’une femme après la ménopause.. »
Je pense que c’est une nouvelle phase de la vie pour les femmes, où nous pouvons faire ce que nous avons toujours voulu faire — peut-être voyager ou lancer de nouveaux projets — puisque nous avons cet élan nouveau à ce nouveau stade de la vie. Mais cela apparaît rarement comme une option pour les femmes à cette période de leur vie. Alors j’aimerais inviter les femmes à se poser les questions suivantes :
« Quand ai-je appris, pour la première fois, que mes besoins ne comptaient pas, ou que je devais faire passer tout le monde avant moi ? »
« Quelles sont mes croyances à mon sujet ? »
« Vivre la vie que je veux est-ce vraiment aussi impossible que ça en a l’air ? »
The Gifts of Trauma est un podcast hebdomadaire en anglais qui met en lumière des récits personnels de traumatismes, de transformation, de guérison, ainsi que les dons révélés sur le chemin de l’authenticité. Écoutez l’entretien et, s’il vous a touché, n’hésitez pas à vous abonner et à le partager.



