Barbara accompagne des organisations à impact à décrocher des financements, en rendant des processus souvent complexes à la fois lisibles et soutenants. En combinant sa formation à Compassionate Inquiry® et son expérience dans l’accompagnement, Barbara propose une approche centrée sur les traumatismes et sur l’humain, pour sécuriser des financements essentiels sans perdre l’alignement avec la mission et les valeurs de l’organisation.Grâce à des propositions particulièrement convaincantes, elle leur permet de concrétiser des projets à fort impact social.
Ce post propose un court extrait — édité — du parcours de Barbara : d’un bébé malade “intouchable” à une adulte et une mère aujourd’hui apaisée, avec une vraie compassion pour elle-même. Retrouvez l’entretien complet sur The Gifts of Trauma Podcast.

Toute ma vie, le thème, ça a été l’invisibilité. Dans Compassionate Inquiry®, on parle souvent du mythe de “l’enfance heureuse”. J’étais cette personne : une enfance heureuse. Pas de traumatismes. Tout allait bien. Et pourtant, à force de souffrir de ce sentiment d’invisibilité, j’ai compris ces dernières années que mes premières expériences médicales avaient été traumatisantes, et que mes premières relations d’attachement n’avaient pas été aussi sécurisantes que je le pensais. Alors après tout le travail que j’ai fait, à la fois en tant que cliente de Compassionate Inquiry® et au fil de la formation professionnelle intensive d’un an, j’ai pris conscience de l’aspect ironique de la chose : je suis celle qui écrit les dossiers de financement — de manière invisible. Une plume fantôme. Et ça me va.
En 2020, je suis tombée malade. Pas d’un coup : plutôt une lente descente, étrange, presque incompréhensible. Aujourd’hui, je vois que j’étais dans le déni complet : mon système immunitaire était en difficulté, et je ne voulais pas le voir. Ma médecin m’a dit : « Il faut que vous alliez à l’hôpital. » J’ai répondu : « Pourquoi ? » Avec le recul, c’était frappant : j’étais complètement déconnectée de mon corps — mais sur le moment, je ne m’en rendais pas compte. Quand elle m’a appelée avec les résultats, elle était inquiète. Et elle entendait que je respirais mal. J’avais vécu avec ça si longtemps que c’était devenu normal, pour moi. Elle m’a dit d’aller à l’hôpital, et j’ai protesté : « Mais ma fille a une amie qui vient jouer cet après-midi ! » Ma médecin a insisté : « Non, vous devez aller à l’hôpital. » Et quand j’ai fini par y aller, je me suis rendue compte que j’étais épuisée. Mon cerveau était encore actif, mais mon corps, lui, était à bout.
Je ne sais pas si c’était l’univers, un coup de l’algorithme des réseaux sociaux, mais c’est là que le travail de Gabor, Quand le corps dit non, est entré dans ma vie. Dans mon lit d’hôpital, une évidence s’est imposée : « Mon corps a dit non. » À ce moment-là, je n’avais pas la capacité mentale de lire le livre ni de l’acheter sur Audible. Alors j’ai commencé à regarder les vidéos de Gabor. J’ai acheté un cours et je me suis dit : il y a quelque chose d’important ici.
Quand j’ai commencé à explorer Compassionate Inquiry®, c’était en 2020, et il n’y avait aucun praticien en Australie. (Il y en a beaucoup d’excellents aujourd’hui, mais à l’époque, il n’y en avait aucun.) Heureusement, il y avait une praticienne en Irlande vers qui je me sentais attirée et, comme tout le monde était sur Zoom, nous avons commencé à travailler à distance. Elle m’a contenue avec une présence magnifique, et, au fil de nos explorations en Compassionate Inquiry®, des souvenirs de ma toute petite enfance ont surgi. Les accueillir et les explorer a ouvert un monde.
La chose la plus importante que j’ai comprise, c’est à quel point j’avais été malade bébé. Dans ma famille, on racontait que j’avais passé beaucoup de temps à l’hôpital et que j’avais failli mourir. J’étais vraiment heureuse d’avoir survécu. Mais, pendant mes séances de Compassionate Inquiry®, mes souvenirs, c’était d’être seule à l’hôpital. Très seule. Et très petite : moins d’un an. Alors, longtemps, je me suis demandé : comment se fait-il que l’issue ait été “bonne” — puisque j’ai survécu — et qu’il y ait malgré tout autant de douleur liée à cette période ? En rencontrant cette douleur avec compassion et en faisant le lien entre l’histoire et les choix que j’ai faits par la suite, tout un pan de mon histoire s’est dévoilé.
Quand j’ai entamé la formation professionnelle intensive d’un an en Compassionate Inquiry®, j’ai demandé mon dossier médical en Irlande. Le jour où il est arrivé, c’est un véritable pavé, épais, qui a été déposé sur le pas de ma porte. Je savais que j’avais passé des mois à l’hôpital ; ce que j’ignorais, c’est à quel point j’avais été malade : on ne pouvait pas me prendre dans les bras, par crainte pour mon système immunitaire. Et soudain, mes souvenirs ont pris sens — moi, allongée sur le dos, en pleurs, ne désirant qu’être tenue. Pendant ce temps, mes parents n’étaient presque jamais autorisés à venir.
C’était à la fin des années 1970, et en Irlande, les hôpitaux étaient dirigés par des ordres religieux. Les parents n’étaient ni consultés, ni associés aux soins — ils n’avaient pas leur place. Quand ils avaient l’autorisation de venir, ils devaient mettre combinaisons et masques, comme un équipement “COVID”. Je crois que c’est à ce moment-là que s’est imprimé en moi ce sentiment d’isolement, d’invisibilité. Et ma façon de tenir, ça a été de devenir dure, et extrêmement indépendante.
À l’époque, je ne pouvais pas parler de ma douleur : j’étais trop petite, je n’avais pas de mots. Et lorsque je ferme les yeux, ce qui revient, c’est une mémoire à hauteur de bébé — un bébé allongé sur le dos. Ça a été une prise de conscience immense, et je crois sincèrement que l’essentiel, c’est de savoir. Et parmi les autres cadeaux de ce chemin thérapeutique, il y a celui-ci : me sentir davantage apaisée, et revenir habiter mon corps.
La thérapie fait encore partie de ma vie. Je l’appelle ma salle de sport émotionnelle. Quand mes déclencheurs se manifestent — et, chez moi, ils viennent encore du fait de ne pas être vue, ou de ma perception de cela — c’est devenu, dans mes amitiés, une sorte de blague récurrente, mais très bienveillante. Une amie va me dire : « Alors Barb, on t’a vue aujourd’hui ? » Et on en parle. On se dit les choses. Quand cette douleur se présente, je la reconnais. Quand je sens que je suis déclenchée, je me rappelle que c’est ma douleur d’origine qui se réactive, et je lui laisse de la place. Et très souvent, ce travail intérieur — reconnaître cette douleur avec compassion — fait que, dehors, le “problème” se dissout de lui-même.
Je veux aussi reconnaître que ce chemin a complètement transformé ma manière d’être mère. Je crois profondément que mes filles sont l’une des raisons majeures qui m’ont amenée dans cet espace. Cela m’a permis de voir à quels endroits elles me déclenchent, et pourquoi. Je vois maintenant que, pendant leurs premières années, j’étais souvent débordée et facilement déclenchée. À l’extérieur, personne ne l’aurait imaginé : j’étais passée maître dans ce que j’appelle le « syndrome du cygne ». En surface, la grâce. En dessous, une agitation fébrile, un effort constant pour tenir.
Et aujourd’hui, nous avons des liens émotionnels profonds, et nous aimons ces conversations où l’on est pleinement présent. À un moment donné, mes filles avaient l’impression de connaître Gabor, parce que j’écoutais ses vidéos pendant que je préparais le dîner. Nous pouvons laisser de la place à la tristesse, à la joie, et à tout le reste, un ressenti n’est pas “mauvais”, il est juste là. On l’accueille. Ça m’a changée. Ça nous a changés, en tant que famille. Enfant, je n’avais pas ce lien fort, ni cette sécurité émotionnelle. Alors oui, je le dis avec gratitude : c’est un cadeau qui va continuer à porter ses fruits sur plusieurs générations.
The Gifts of Trauma est un podcast hebdomadaire en anglais qui met en lumière des récits personnels de traumatismes, de transformation, de guérison, ainsi que les dons révélés sur le chemin de l’authenticité. Écoutez l’entretien et, s’il vous a touché, n’hésitez pas à vous abonner et à le partager.



